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1886/1906- CàD Libreville Gabon

samedi 17 septembre 2011, par sbuchfr

Les empreintes du cachet à Date « LIBREVILLE GABON » 1886-1906

Étude de ses cassures et de son bloc dateur

Extrait du bulletin Col.fra n°28

Cet article est paru à l’origine dans le bulletin de notre consœur américaine, "The France & colonies Philatelic Society", dont le rédacteur en chef est notre collègue Robert G. Stone. Le texte suivant est en fait une version profondément remaniée et complétée de l’article original par son auteur M. Pierre REYNAUD. Ce dernier a travaillé sur la traduction de l’article original qu’avait faite notre collègue Jean-Francis RESSORT.

INTRODUCTION

Au début de 1886, le nom de "Libreville" la modeste capitale d’une des plus humbles colonies françaises – le Gabon (dont l’existence administrative disparût même de 1888 à 1904) apparût pour la première fois sur un cachet postal. Cela faisait 46 ans que le premier cachet avec les inscriptions « Etablissements du Gabon/Gabon » avait été mis en service et 24 ans pour le second cachet – celui avec les mentions « Côte d’Or et Gabon/Gabon » (encore en service en février 1886).

Le cachet "Libreville/Gabon" remplaça ce dernier (ou plus exactement un second type de celui-ci). La première date connue est le 18 février 1886 (avec des cassures au sommet des chiffres "86" du bloc dateur) et la dernière vue est le 24 octobre (19)06 sur 5F "Groupe" du Gabon. Le cercle intérieur continu mesure 13,25 mm de diamètre et le cercle extérieur légèrement plus "empâté" 21 ½ mm. Le quantième du mois mesure de 2,75 à 3 mm, le millésime 3,2mm, les lettres du mois 2,75 de hauteur et celles de LIBREVILLE 2,2 mm. La longueur de la "corde Libreville", de la base du L à celle du E, filets non compris, mesure 13 mm (Faux Fournier = 13,5 mm). Contrairement au losange GAB et aux deux premiers cachets à date utilisées pour lesquels deux types sont connus, on n’a rencontré qu’un seul type du "Libreville/Gabon". Les quantièmes sont toujours en caractères déliés, les lettres des mois (JANV : abréviation en 4 lettres) en romaines penchées. En 1904, 1905 et 1906 tous les chiffres et caractères sont droits "bâton".

Ce cachet de LIBREVILLE est remarquable pour ses cassures. Il servit à oblitérer la presque totalité des 15 premiers timbres du Gabon (1886-89) et la majeure partie de ceux de 1889 (Yv. N°14 & 15). Aussi ces cassures sont-elles d’importants indices et signes d’authenticité. Le cachet d’origine ne présentait aucune cassure et donnait une frappe parfaite. A ce sujet, de Pomyers m’écrivait le 28 novembre 1961 : « J’ai trouvé une rareté de premier ordre : un 25 c jaune dentelé A. Dubois (n°53) oblitéré « Libreville/Gabon » avec la couronne cercle extérieure entièrement imprimé (encré) dans sa forme initiale, entièrement frappée neuve à la date du 18 avril 1886 (fig. 1)

fig. 1 : Timbre 25c Dubois, avec le cachet "neuf" du 18 avril 86 (Collection Pomyers)

Sur une empreinte du 20 juillet 1886, la couronne a déjà des faiblesses du genre "cassé". Une frappe à l’état du cachet neuf était inconnue. Il a dû être vite abîmé ou encrassé. Il semble surtout que le cachet ait souffert de chocs plus que d’usure. Après 3 ans d’usage continu, lorsqu’il resservit occasionnellement en 1905/6 les caractères étaient encore d’une remarquable fraîcheur. Les cassures et les variétés du dateur de ce cachet sont décrites et expliquées dans les paragraphes suivants. Les observations sont surtout utiles pour l’expertise des premiers timbres du Gabon (n°1 à 15). Les auteurs y ont toujours prêté attention. Montader, dans Le Postillon 1909 467/68 a présenté dix reproductions du cachet avec dates du 17 mai 1886 au 20 avril 1890, et a cru pouvoir en définir 7 états, dont le sixième (du 19 janv. 89) sans cassures du premier L de LLE ni de la couronne au-dessus du V. est douteux (I). Pannetier et .. ont étudié les millésimes.

1 - La cassure du premier L de "LLE" de Libreville

A mon avis, il s’agit là de la plus remarquable des cassures mais elle n’est pas citée par de Pomyers. C’est une cassure très visible qui apparaît dès le début de l’usage du cachet et que l’on trouve sur toutes les marques « Libreville/Gabon » depuis environ mai 1886 jusqu’en 1906. Le sommet de la cassure se situe à 1 mm et la base à 0,7 mm du bas du premier L de "LL" (fig. 2 & 9). C’est le plus sûr signe d’authenticité et on la trouve 8 au 9 fois sur 10. Cependant, on notera qu’elle n’apparaît pratiquement pas les frappes lourdes, l’excès d’encrage obstruant la cassure.

fig. 2 : agrandissement de la cassure dans le 1er L de LL de Libreville.

2 - L’usure des sommets des chiffres du millésime 8 86

Elle est perceptible pendant juillet-août-septembre 1886 (fig. 3). On la trouve principalement sur les premiers surchargés de 1886 et surtout sur le n° Yv. 3A (56 points).

fig. 3 : agrandissement du millésime 86 avec sommet du 8 cassé.

3 - La cassure au-dessus du "V".

Cette cassure, qui apparaît parfois comme une simple faiblesse de frappe sur la moitié de sa longueur, est aussi importante que la cassure du L (§ 1) parce qu’on la rencontre (plus ou moins visible selon la force de la frappe) sur toutes les oblitérations de mai 1886 à 1906 (fig. 9). Cette cassure est située exactement entre les prolongements des deux côtés du "V" sur une longueur de 2mm (fig. 4). A mon avis, il s’agit d’une des plus remarquables par sa constance et il est surprenant qu’elle n’ait pas été citée par Pomyers.

fig. 4 : Agrandissement de la cassure au-dessus du V

fig. 5 : Une lourde frappe du 7 mai 1889 montrant la totalité des défauts du cachet

4 - Les espaces entre les lettres et les deux cercles.

Sur frappe fine, les dimensions selon les lettres sont de 1 à 1,2mm entre le haut des lettres et la couronne et de 0,5/0,6mm entre le bas des lettres et le cercle intérieur.

5 - La grande cassure sur la gauche du cercle extérieur.

Elle aussi, est digne d’intérêt, par sa permanence même si elle disparaît plus ou moins complètement sous la force de la frappe de certaines oblitérations lourdes ; mais même dans ce cas on peut encore distinguer une irrégularité dans le cercle extérieur due à un bord biseauté. Elle commença en septembre 1886 à 0,5mm en dessous du premier L de Libreville. La longueur dépassait alors 2mm. Depuis 1887, un petit point a résisté au dessus du L (comme dans la fig. 5). La cassure s’étendit rapidement pour atteindre 5,5mm à gauche gagnant 0,7 mm sur la gauche du premier L et ce au 2-10-86. En 1886, elle s’étendit vers le haut pour arriver au-dessus du "R" de Libreville (fig. 9) où elle resta très franche jusqu’à la fin 1906. En janvier 1889, elle atteint, sur la gauche du L, une ligne passant par le milieu de la boucle supérieure du petit "8" et la base de la tête du "9" (le petit 9 à cette date est cassé et décalé vers le haut). En avril 1889, elle s’étendit vers le bas pour se trouver face aux gros chiffres 89 du millésime selon une ligne passant par le milieu (cassure d’une corde de 13mm de long) puis par le bas des chiffres (corde de 13,5mm).

6 - La grande cassure de droite.

Il s’agit également d’une faiblesse du métal du cercle extérieur sur son côté droit ou de la conséquence d’un choc. Ses dimensions et son importance varient d’une frappe à l’autre (fig. 9) : un segment de 2,5mm peut demeurer à la hauteur des lettres du mois. Pour connaître ses dimensions maxima on se base sur les parallèles à l’alignement des lettres du mois. La parallèle du haut passe par le bas du quantième et celle du bas au 2/3 de la hauteur du millésime gros chiffres. Nous en avons rencontré un exemple intéressant avec 3 frappes du 7 mai 1889 au bas de deux panneaux inférieur de 25 timbres du n°13 Yvert (fig. 5).

7 - Les métamorphoses des petits chiffres "89".

Dans les premiers jours de 1889, si ce n’est à la fin de 1888, et en tout cas avant le 6 janvier 1889, le "petit" 8 de 1889 est inversé et la boucle inférieure est alors plus étroite que la boucle supérieure (fig. 9). Le 9 est décalé vers le haut et présente parfois une cassure ou un rentrant sur la droite de la boucle supérieure (fig. 7). Le 5 janvier, le 9 est encore intact mais le 6, il est "cassé". Le 21 février 1889, l’alignement des chiffres du quantième présente une anomalie : le chiffre 2 est décalé vers le bas. Le 1er mars, le côté droit de la boucle supérieure du 8 est cassé et le décalage vertical du "8" haut normalement de 1mm, arrive parfois à 1,5mm et le rentrant du 9 semble un peu moins prononcé. Tout cela devient moins perceptible. Le 8 a bougé vers la droite entre le 8 et le 15 (?) Le 18 mars, le "9" – peut-être en réparations – a la forme d’un C inversé ( ). Le 19, il est à nouveau normal et son décalage vertical est moins important. De Pomyers m’indiquait : « Au mois de mars, entre le 5 et le 22, le 9 disparût complètement ». Cela n’apparaît pas dans le matériel de référence que j’ai examiné.

fig. 6 : Lourde frappe du 14 juin 89 sur Gabon Yv. N°15 semblable à la fig. 5 mais la cassure à droite est mieux marquée.

fig. 7 : Agrandissement montrant la déformation du millésime 89 chiffre 8 inversé, et chiffre 9 cassé et décalé comme sur oblitération du 6 janvier et parfois en février (le décalage du 9 vers le haut est de 1mm par rapport au 8)

Peut-être le chiffre 9 fit-il défaut 1 jour pour être réparé ? En tout cas il semble bien qu’il fut remplacé avant le 5 mars, peut-être même vers le 21 février ; de toutes façons les 18 , 19 mars, il avait une forme normale. Qu’il n’y eut qu’un seul 9 disponible, paraît très surprenant, mais cela vient en confirmation de l’existence d’un seul cachet. A cette époque, le 9 manquait également dans le 89 du cachet octogonal "Libreville / Corr. d’Armées". Nous avons remarqué cette absence sur 19 références (du 8 février au 22 mars) sur n°7 (15 F sur 1 F olive) qui ne fut en service qu’au début de 1889, ainsi que sur les n°6 et 10. Il semble bien qu’il n’y eut pas de 9 disponible et qu’on ait emprunté le 9 du millésime du "Corr. d’Armées".

8 - Le cas des millésimés "88" et "89" gros chiffres.

On connaît une empreinte du "Libreville" (à la date du 27 mars) avec millésime petits chiffres 89 (8 renversé) -Vente Thiaude 1969- dont l’authenticité ne paraît pas discutable. C’est le dernier jour d’emploi des petits chiffres. Mais il est faux de dire - comme cela a été admis longtemps - que les gros chiffres apparaissent ce même 27 mars 89 (plusieurs empreintes connues en particulier sur Gabon n°7). Les gros chiffres (H= 3mm ; l du 8 = 2,4 et l. du 9 = 2,6) furent employés concurremment avec les petits chiffres dès juin 1888 au moins : on a étudié 15 références sur détachés et une lettre (Rdée, arrivée à Bordeaux en décembre 88 avec n°49, 50 x 2 et 59 oblitérés : Libreville 20 NOV 1888 [1]. J’ai également observé 37 références d’utilisation des gros chiffres en 1889, avant le 27 mars du 14 janvier au 26 sur Gabon n°6 à 10.

fig. 8 Le pli avec le cachet "Libreville / Gabon" du 2 novembre 1888 qui apporte la preuve que le millésime "gros chiffre" fut mis en service cette année-là et non en mars 1899 comme il a longtemps été admis.

9 - Utilisations tardives du cachet.

Le Libreville fut seul en service pendant 4 ans : février 1886 - avril 90. Quelques temps après la promulgation - le 28 février 1889 - de la nouvelle dénomination de la colonie (Gabon-Congo) un nouveau type "Libreville/Gabon-Congo" fut mis en service. On l’a rencontré du 7 juin 1890 au 31 août 1891. Le cachet "Libreville/Gabon" fut alors retiré du service (dernière date vue : 31 décembre 1889 sur Yv. N°14. Montader reproduit une empreinte à la date du 20 avril 1890, fig. 9). Cependant, le cachet "Libreville/Gabon" fut mis en réserve et à l’occasion reprit du service en 1904, 1905 et 1906. On peut le considérer comme un cachet de service pour des annulations spéciales : levées exceptionnelles, lettres remises au guichet… On le rencontre assez rarement sur les types Panthère et Ferme Bakaloi du Congo (émis en 1900), premier tirage dentelés II, avec dateur gros chiffres 04, ainsi que sur les "Type Groupe" du Gabon (Yv. N°16 à 32) avec un seul 5 et 06. Les empreintes connues sur lettres le sont sur les 10c et 15c Groupe Gabon et très rarement sur les Groupe Congo français. Les frappes de 1905, et 1906 présentent une nouvelle petite cassure nette de 0,5mm dans le cercle extérieur sous le G de Gabon amorcée, de l’intérieur, dès octobre 1904.

10 - Les faux type G.

Il y eut de nombreux faux de ce cachet. Parmi eux les FOURNIER qui ressemblent beaucoup aux authentiques mais toujours datés du 8 août 1888 ou du 20 mai 1889. Bien entendu, on les trouve sur les faux timbres Fournier. La plupart des autres imitations sont facilement décelables par des éléments caractéristiques tels que dimensions inexactes, cercles trop rapprochés, millésimes (surtout 89) aux caractères différents et à la taille non conforme, cassures absentes, mal-disposées ou de formes différentes (les faux avec cassures sont extrêmement rares) et enfin fleurons fantaisistes : gros et petits !!

Pierre RAYNAUD

Aussi surprenant que cela puisse paraître, puisqu’il n’existait qu’un seul cachet Libreville [2] l’emploi des gros et petits s fut alterné à la guise de l’agent postal ! Ceci détruit l’hypothèse selon laquelle les empreintes avec gros chiffres 89 à une date antérieure au 27 mars, étaient antidatées à la demande de collectionneurs - comme Fregnac et Leroy d’Etiolles - à une époque où les timbres oblitérés étaient plus recherchés que les neufs. Ceci me permet également de conclure que, contrairement à ce que Pomyers pensait il n’y a pas eu d’usage abusif du "Libreville cassé" qui serait tombé entre des mains malhonnêtes, mais seulement usage de faux cachets, en particulier sur les 26, 28 et 45 Col- Gén. Sage oblitérés des 21, 22, 23 avril 89. En réalité, les faux « Libreville/Gabon » ne possèdent aucune cassure caractéristique. Les éventuelles cassures des faux sont accidentelles et non caractéristiques.

Notes

[1] On trouve également le Libreville à la date du 15 NOV 88 comme marque de transit sur la seule lettre connue portant le cad "Lambaréné (OGOOUE) Gabon" - de même type- affranchies avec A. Dubois n°50 et 51 et taxée à Bordeaux le 13 DEC 1888 avec Taxe France n°16 x 2 et 18. (collection Schatzkes)

[2] Les mêmes caractéristiques, des cassures en particulier, ont été observées sur 603 références !

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