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Le territoire de Kouang Tchéou Wan

dimanche 25 septembre 2011, par sbuchfr

Une ancienne colonie bien peu connue,

le territoire de Kouang Tchéou Wan.

Jacques DESROUSSEAUX

Extrait du bulletin Col.fra n°36

A 200km. de l’est du Tonkin, le territoire de Kouang Tcheou-Wan est une bande côtière de la mer de Chine, longue de 70km. et composée de trois "circonscriptions", l’une à l’Est du fleuve Ma-Tché, la seconde à l’Ouest, et la dernière groupant les îles du large. Ce territoire est dans le Ewang Si chinois, limitrophe du Tonkin. Un accord franco chinois de 1897 réservait à l’influence française les provinces chinoises limitrophes du Tonkin. la France cherchait à disposer en Chine d’un territoire pouvant rivaliser, sinon avec Hong Kong, pour 1e moins avec le Macao des Portugais. Notre choix ne fut pas fameux, car Kouang-Tchéou-Wan ne prit aucune importance économique et ne se signala que par le tripot chinois de Tche Kan, pâle reflet des énormes établissements de Macao.

Donc, en 1898, un jeu très asiatique de traités et d’opérations militaires conduisit à l’occupation du territoire par les troupes françaises. Puis un accord du 16 1-1899 fixa les frontières de la zone concédée aux Français par bail de 99 ans. C’est ce même traité qui nous autorisa à construire le chemin de fer du Yunnan, reliant cette province et notamment Yunnan-Fu et Mong Tseu, au grand port tonkinois de Haiphong, réalisation qui connut, elle, un grand succès économique.

1 – Période militaire.

Les troupes françaises appartenaient au Corps expéditionnaire du Tonkin, qui avait la franchise pour les lettres sur France jusqu’à fin octobre 1904 mais qui, curieusement, devait affranchir (avec le 15c Groupe) les plis pour le Tonkin.

Pendant les opérations de 1898/99, l’armée se chargeait d’évacuer les lettres sur le port de Haiphong, d’où la poste indochinoise les acheminait. Le 5 janvier 1900, le rattachement au Tonkin fut prononcé et on envoya un postier qui ouvrit le premier bureau du chef lieu, KOUANG TCHEOU. Il resta purement militaire. jusqu’au 1 4 1900, date d’ouverture au public. Le postier reçut un cachet à légende "QUANG CHAU WAN / INDO CHINE FRANCAISE" où le nom était transcrit en Vietnamien, et dont le postier gratta le mot "WAN" superflu (il signifie territoire et le nom de la ville suffisait). Bientôt d’ailleurs, on put lui envoyer le cachet à légende corrigée.

En 1900 1902, on ouvrit six petits bureaux tenue par un soldat télégraphiste, savoir dans la circonscription Est POTAO et POINTE NIVET, ce dernier fermé au bout de peu de mois, ne desservant qu’une garnison temporaire, et à l’ouest POTSI et TAIPING sur la route côtière vers la ville chinoise de LUI-CHOW ; TCHE-KAM (ou KANG) vers l’intérieur. Enfin, le quartier administratif du chef lieu fut baptisé "FORT BAYARD" et eut aussi un bureau, contrairement au quartier du port, PORT BEAUMONT, dont on peut voir le nom manuscrit sur des adresses de plis envoyés aux militaires, mais qui n’ont jamais de cachet. Les îles n’eurent jamais de poste, des vedettes portaient le courrier au chef-lieu. On ne voit leur nom (TAN HAI, MAU CHAU) que sur des cachets administratifs des plis militaires. Ces derniers présentent aussi parfois des noms d’autres localités sans bureau de poste. Après 1904, les militaires reçoivent des timbres F. M. de France.

Les cachets postaux portent à cette époque "INDO CHINE FRANCAISE" en bas et l’on utilise uniquement les "groupes" non surchargés d’Indochine.

2 – Période 1905-09.

On décida d’appliquer ici aussi le système de surcharges des bureaux indochinois en Chine. Ce système a pour cause les différences de taux de change locaux, entre le taux du marché et celui utilisé par les postes dont les timbres étaient libellés en centimes français. En 1902, on avait essayé une surcharge unique "CHINE", oubliant que dans ce grand pays il y avait aussi des variations des taux intérieurs. On revint en 1903 à la surcharge par bureau, puis on chercha de nouveau à simplifier en 1904 par surcharge "CHINE"… et la spéculation reprit. D’où un retour aux surcharges par bureau, sur série GRASSET cette fois ; c’est alors que KOUANG TCHEOU WAN fut inséré dans le système. En 1907, il fallut interdire officiellement l’usage en Indochine de tous ces timbres surchargés, que la modestie des bénéfices perçus n’empêchait pas les équipages des bateaux des lignes locales de transférer et revendre d’un port à l’autre, aux frais du Trésor indochinois [1].

1908. - Timbres d’Indochine de 1892 1904 avec Kouang Tchéou Wan et valeur en monnaie chinoise en surcharge. Les 75 c. et 5 f. sont au type groupe, tous les autres au type Grasset. II existe deux tirages : les surcharges du premier (1906) sont brillantes ; celles du second (1908) sont mates.

L’histoire des fausses surcharges de toutes ces émissions est extraordinaire, qu’il s’agisse des surcharges de Hanoi ou de celles de Tchong King (dont un tirage fut autorisé, un toléré et les autres vraiment faux !). Ici, l’intervention tardive des séries surchargés en 1906, confère une certaine rareté aux fausses surcharges. On peut rencontrer des "groupe" autres que les 75c et 5f de la série officielle, ainsi que des "erreurs de surcharge", également des faux d’autres bureaux, que l’on a validés par un cachet de complaisance du territoire. Cette affaire des fausses surcharges a passionné les philatélistes en 1907, quand eut lieu le procès des coupables. Leur procédé était enfantin, ils achetaient des feuilles à la poste de Hanoi ou Saigon, et les passaient la nuit dans la machine à surcharger officielle ; la commission de contrôle trouvait toujours un compte équilibré entre les feuilles qu’elle apportait et les feuilles surchargées. Quant aux faussaires, employés des postes et de l’imprimeur, ils faisaient un beau bénéfice sur le nominal des timbres. A la grande fureur de l’administration et des philatélistes grugés, le tribunal acquitta les faussaires car n’ayant causé aucun préjudice au Trésor, bien au contraire ; ils avaient payé les timbres et les avaient rendus inutilisables, d’où une économie sur la contrepartie que devaient les postes aux acheteurs de vignettes ! Les P.T.T. révoquèrent cependant les postiers ailés au trafic. Quant aux philatélistes, ils ont certainement mieux revendu leurs faux que s’ils avarient acheté des timbres réguliers ! Beau sujet de réflexion pour les moralistes.

Pour éviter tous ces incidents, les surcharges seront désormais faites à Paris sur la série d’Indochine de 1907 : KOUANG TCHEOU et valeur en monnaie chinoise et sur les séries suivantes d’Indochine en cents et en piastres : KOUANG TCHEOU

Les cachets de l’époque saut au type de ceux des bureaux en Chine, mentionnant ce nom et, en caractères, celui du bureau. L’orthographe est sinisée, par exemple KOUANG TCHEOU-WAN pour le bureau central (dont il existe plusieurs types de marques). FORT BAYARD posa ton problème, car intraduisible en caractères chinois. Heureusement, on venait de recevoir un cachet avec "INDOCHINE" en bas, et l’on se borna à gratter "INDO" (voir figure).

3 – Période 1909-24.

Le territoire est directement rattaché au Gouverneur général, on remplace sur les cachets "CHINE" par "INDOCHINE", en laissant les noms en caractères. On fait maintenant les surcharges anti-spéculatives en France, ce qui est plus prudent. L’usage de timbres d’Indochine est désormais admis dans tous les cas, beaucoup sont vendus sur place et notamment tous les entiers, les fiscaux pour fiches de Colis Postaux, les commémoratif.

Inversement, c’est à partir de septembre 1922 que les timbres de tous les bureaux chinois et de KOUANG TCHEOU sont vendus et utilisables en Indochine. I1 faut dire qu’il restait un énorme stock à Hanoi, et que la fermeture prochaine des bureaux en Chine (fin décembre 1922) aurait imposé le gaspillage de sa destruction pure et simple.

Dès 1910 on ferma le bureau central (KOUANG TCHEOU-WAN), qui restera purement télégraphique, ainsi que POTEOU (ex POTAO), auquel les trois Français restant en circonscription est n’assuraient pas une activité suffisante.

4 – Période 1924-25.

Le territoire est à nouveau rattaché au Tonkin, et les premiers cachets envoyés par la France au type "1904" de la Métropole portent "TONKIN". Seul Fort Bayard en reçoit, car le régime change à nouveau.

5 – De 1925 à la guerre.

Les quatre bureaux restants reçoivent des cachets type 1904 de France, avec en bas "KOUANG TCHEOU WAN" le territoire étant devenu le sixième pays de l’Union Indochinoise. Mais POTSI et TAIPING ferment début 1928 pour trafic insuffisant, et il ne reste que Fort Bayard et Tché kan. Il y a de nombreuses variétés des marques de ces deux bureaux (mots joints, séparés par un blanc ou un tiret ; à la fin (1942) adjonction de losanges entre la ville et le pays).

Plusieurs valeurs de la série "R.F." ne sont jamais parvenus en Indochine, mais non des"non émis" vendus à la poste coloniale de Paris 4c n°126A d’Yvert, 130A (9c à surcharge noire), 131A (18c) et très probablement le 25c violet non catalogué (mais vendu comme n°112) savoir le 25c violet de 1939, avec chiffre bien plus petit que celui de 193 et dont la masse des feuilles d’Indochine fut surchargée 10c (Indochine n°229).

6 – État français et cession à la Chine.

Un arrêté de 1944 autorise le territoire à ouvrir des postes rurales gérées par des administrations non postales ; il ne semble pas qu’on ait eu le temps de le faire avant le coup de force japonais du 9 mare 1945.

Les timbres "Etat Français" imprimés en Indochine en 1941 44 n’ont pas été surchargés KOUANG TCHEOU, mais certains ont servi tels quels. En fait, il restait de gros stocks des émissions antérieures. On se demande pourquoi la Métropole a surchargé et vendu à la poste coloniale 16 valeurs d’une série "sans R.F." d’Indochine surchargée KOUANG TCHEOU, alors que 4 seulement étaient vendues sans surcharge (KTW n°140 155, Indochine n°232 235). Après la guerre, on a retrouvé deux feuilles du 18c surchargé (n°148A). D’autre part on a aussi retrouvé quelques "non surchargés" de la série Kouang Tcheou, à notre connaissance les 2/5, 1/2, 9, 10, 22, 60, 70 cents ; des non dentelés d’autres valeurs se trouvent aussi, dont un "1 /CENT taxe POSTES FRANCAISES", genre INDOCHINE taxe n°60, dont la surcharge KOUANG TCHEOU n’était certes pas prévue. Mais ce ne sont là que des "jeux parisiens", rien de toutes ces pièces n’a touché Saigon, a fortiori Kouang-Tcheou.

En 1943, à peu près simultanément, les japonais promettent au Gouvernement "fantoche" de Nankin de lui rendre prématurément le territoire à bail, le Général de Gaulle agit de même vis à vis du chef nationaliste TCHANG KAI-SHEK, et Vichy, pour ne pas être en reste, annonce que le bail sera dénoncé dés la fin de la guerre, en tous cas, l’Armée Japonaise, comme en Indochine, se saisit du territoire le 9 mare 1945, interne les Français qui ne seront libérés que 4 mois après la fin de la guerre.

L’administration chinoise ferme les "postes indochinoises" du territoire le 30 septembre 1945, 28 jours après l’armistice, les employés indochinois étant renvoyés chez eux. En attendant, timbres et cachets sont restés inchangés.

7 – Après la guerre.

Il restait en Indochine des stocks de timbres de Kouang-Tchéou, ils furent vendus à la faciale et restaient valables pour affranchir à Saigon. Mais ils sont surtout partis chez les philatélistes. Plus curieux est le sort des "Angkor Pétain" (Yvert n°138 139). Alors qu’aucun des commémoratifs de l’Etat Français n’a dépassé le stade de la poste coloniale de Paris (n°135/137, 156/157. avion 1/4), 40.000 paires d’Angkor Pétain, bloquées par la guerre, arrivèrent à Saigon au début de 1946. Elles y fusent surchargées "R.F." comme ceux d’Indochine (n°299/300), mais le Haut Commissariat de France les fit détruire "pour éviter la spéculation", objectif qui prête quelque peu à sourire quand on en voit la cote actuelle (Yvert 299a et 300a) – car, comme toujours en Extrême-Orient ; s’est trouvé un bénévole pour sauver une feuille des flammes.

De fin 1945 à fin 1949, l’administration nationaliste chinoise administra Kouang-Tchéou, suivie de l’administration communiste. Si vous trouvez un cachet chinois où se lisent KWANGCHOWWAN, CHANKIANG ou KANKIANG, mettez le en conclusion de vos pages d’album réservées à cette colonie dont si peu de Français ont connu le nom.

Jacques DESROUSSEAUX

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