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Surcharge 52c sur 40c aigle

dimanche 15 mai 2016, par sbuchfr

Cet article est la compilation des articles paru dans le timbre poste sous la plume de J-B. Moens qui a mené une enquête sérieuse à l’époque de la parution de cette "variété" du timbre original surchargé 25c.

La conclusion est sans appel, il s’agit d’une fabrication pour tromper les collectionneurs.

Le Timbre-Poste n°285, Septembre 1886

RÉUNION

Une feuille qui demande un renfort de 1000 abonnés, malgré un tirage de 5000 exemplaires,... annonce avoir vu le 40 centimes, aigle, surchargé 52 c. au lieu de 25, timbre qui aurait servi le 1er Juillet 1886 :

52c. sur 40c., vermillon et noir

Les derniers timbres signalés ont été émis le 20 mai dernier.

Le Timbre-Poste n°309, Septembre 1888

Le timbre 52 centimes de la Réunion.

C’est en 1886 qu’une feuille parisienne révélait l’existence d’un timbre 40 c. (aigle) surchargé par erreur 52 pour 25.

Depuis, un silence de mort s’est fait sur ce timbre, jusqu’au jour où, tout récemment, M. Le Roy d’Etiolles exhibait aux yeux étonnés de la Société française de timbrologie, un exemplaire de cette rareté rarissime. Il est probable que beaucoup d’amateurs envièrent alors cette heureuse fortune de M. Le Roy d’Etiolles : on verra s’il y a de quoi.

La présentation ayant été faite régulièrement à la docte assemblée, on jugea sans doute que le moment était opportun pour faire avancer la réserve de ce mythe dont il n’y a que 400 pièces, comme on dit en Allemagne, et formant tout le tirage qui a passé dans les mains d’une seule et même personne : l’inspecteur général des postes et contributions de la Réunion......

L’achat de ces timbres nous ayant été proposé, nous exprimâmes quelques doutes sur leur authenticité. On nous fit valoir alors que M. Le Roy d’Etiolles, déjà nommé, avait présenté ce timbre à la Société française de timbrologie ; qu’il était coté par certains marchands, 25, 50 et 125 fr. et, enfin, on nous envoyait une lettre régulièrement (?) affranchie et portant trois timbres : 1 à 5, 1 à 10 et 1 à 52 centimes, ce qui représente une singulière taxe pour une lettre expédiée (?) dans l’intérieur de la colonie. Cela ne pouvait que confirmer nos soupçons. Aussi lorsque, sur notre demande, on nous apprit que ces 52 centimes avaient été imprimés régulièrement par feuille de 100 timbres, nos doutes se changèrent en certitude que ces timbres ne devaient le jour qu’à la spéculation.

On sait que le changement de valeur des timbres de la Réunion a été obtenu par l’impression typographique, la valeur nouvelle ayant été composée autant de fois qu’il y avait de timbres à la feuille, c’est-à-dire 100 fois. On pourrait admettre, au besoin, que, par suite de distraction de la part du compositeur ou par accident survenu pendant le tirage, un timbre portât 52 centimes parmi les 25 ; mais, est-il possible que la distraction du compositeur ait été telle qu’il ait pu composer 100 fois le chiffre 52 pour 25, sans s’en apercevoir ? que cette erreur ait pu échapper au contrôle du prote chargé de la vérification des travaux typographiques et qu’enfin cette erreur n’ait été découverte qu’après un tirage de quatre feuilles ?

Qu’il n’y ait eu que quatre feuilles d’imprimées, c’est possible, mais certainement elles n’ont pas été imprimées par erreur. Notre avis est que, lors de l’impression des timbres qui modifiait leur valeur, M. l’inspecteur général des postes voulant refaire ses finances, se sera procuré quatre feuilles de cent timbres 40 centimes (aigle) et qu’il se sera réservé un tirage spécial qui, en somme, ne lésait en rien le trésor et qui ne compromettait absolument personne.

Aujourd’hui, M. l’inspecteur ayant été appelé en France, est venu recueillir les fruits de sa spéculation, et comme le timbre était connu depuis 1886, par le journal qui se dit le mieux renseigné ! ! ! et par la déclaration de M. Le Roy d’Etiolles, la vente s’est faite régulièrement et sans éveiller le moindre soupçon.

Le Timbre-Poste n°311, Novembre 1888

RÉUNION.

A la dernière séance de la Société française de timbrologie, présidée, le croirait-on ? par l’impayable Gruat père, l’homme aux « estock » en faveur de qui les « estatuts » ont été révisés, M. Le Roy d’Etiolles, a, dit le compte rendu, rétabli la vérité sur certains faits (?) rapportés dans notre article, sur le 52 c. de la Réunion. C’est fort bien, mais comme notre contradicteur nous a avoué depuis qu’il ignorait absolument comment la soi-disant erreur s’était produite et le nombre qui en avait été imprimé, ce que nous savons par le Receveur des postes, l’intéressé même, et c’est ce qui nous a engagé à conclure, comme nous l’avons fait, nous nous demandons alors comment M. Le Roy d’Etiolles a pu « rétablir la vérité » sur des choses dont il ignore l’a. b. c. C’est là une plaisanterie qui a du trouver certainement sa place à une séance qui n’a pu qu’être bouffonne, présidée par un..... Gruat.

Nous sommes peut être sévère pour la Société française, mais nous lui devons la vérité, parce qu’une présidence de ce genre n’est possible que comme zwanze (grosse farce), comme on dit à Bruxelles.

Le Timbre-Poste n°313, Janvier 1889

Le timbre 52 c de la Réunion.

M. Chopy, l’inspecteur général des postes à la Réunion, en congé en France, nous fit offrir, par intermédiaire, il y a quelques mois, des 52 c., imprimés ainsi par erreur ? au lieu de 25. Il n’y en avait, nous disait-on, que 400 exemplaires d’imprimés, devenus la propriété de M. Chopy, sauf les « quelques » exemplaires vendus au guichet de la poste.

L’importance de la somme demandait réflexion et surtout certains apaisements au sujet de l’authenticité de ces timbres.

Nous coulâmes les lignes suivantes,sur le papier, qui furent adressées à M. Chopy : « Avant de me décider à tout achat, je désirerais savoir si les erreurs 52 c. ont été imprimées l’une à côté de l’autre, en feuille, ou bien si elles se trouvaient, par hasard, sur la feuille, parmi les 25 centimes. »

La réponse (25 juillet), fut :

« Les 52 c. pour 25 c. étaient bien en feuilles, mais comme il y en avait beaucoup au milieu de la feuille qui étaient déchirées, force m’a été de découper les bons et de les coller sur papier blanc pour les faire oblitérer à la date de 1886. II ne m’en reste etc.. Mais dites lui bien qu’il n’y a eu que quatre feuilles de 100 de ces erreurs et que je suis le seul qui les ai achetées à la poste, moins celles déchirées qui ont été brûlées et quelques unes qui ont été vendues au guichet. »

Cette réponse de M. Chopy ne laisse place à aucune équivoque : Elle constate que les erreurs 52 c. étaient bien en feuille, c’est-à-dire qu’elles étaient réunies les unes à côté des autres, et non réparties parmi des 25 c. ; qu’il y en avait un certain nombre de déchirées, ce dernier mot annonce bien des erreurs et non des timbres ; bien mieux, cette lettre revient plus loin sur le premier paragraphe, et constate une seconde fois le nombre en répétant « qu’il n’y avait eu que quatre feuilles de 100 de ces erreurs. »

Suffisamment édifié, nous déclinâmes tout achat et nous fîmes paraître un article a ce propos qui a paru dans notre n° 309.

Avant de poursuivre, disons que nous n’avons aucune animosité contre M. Chopy que nous ne connaissons pas, et que nous n"avons aucune espèce d’intérêt ni direct ni indirect, à discréditer ses timbres dont nous n’avons pas acquis un seul exemplaire : nous recherchons simplement la vérité dans l’intérêt des collectionneurs, comme notre devoir d’éditeur d’un journal de timbres nous y oblige.

Voici maintenant les nouvelles explications de M. Chopy qui nous parviennent par une tierce personne à qui elles sont adressées :

« S’il (Moens) avait attendu, il aurait su que ces erreurs se sont produites non sur 4 ou 5 feuilles entières, (il n’a jamais été question de 5 feuilles) de 100 timbres chacune, mais bien sur deux ou trois figurines sur chaque feuille. J’ai pu par un lapsus linguae on plumae, dire ou vous écrire qu’il y avait eu 4 ou 5 feuilles (toujours 5 feuilles !) de ces erreurs typographiques, mais le bon sens indiquait bien que c’est une quantité égale au nombre de figurines contenu dans 4 ou 5 feuilles. »

Ouvrons une parenthèse. Nous demandons à M. Chopy si les erreurs se trouvent côte à côte sur la feuille, ou si elles sont parmi les 25 c. On nous répond à deux reprises que les 52 c. sont bien en feuille, et qu’il y en a, de ces erreurs, déchirées au milieu de la feuille, et après cela, quand nous avons mis le doigt sur la plaie, et quand M. Chopy sent enfin où le bât le blesse, il vient nous dire que c’est un lapsus plumae et que le bon sens indique que c’est le contraire qu’il a voulu dire ! ! Mais laissons-le parler.

« En effet si, ce qui est inadmissible, l’imprimeur avait répété 100 fois cette erreur sur la planche, le prote l’aurait bien vite remarqué et l’administration coloniale même n’eut pas autorisé la vente de timbres surchargés à 52 c. au lieu de 25 c. S’il a été vendu un certain nombre de ces erreurs an guichet, c’est qu’elles se sont trouvées sur deux ou trois figurines dans la feuille, et comme à ce moment, il nous manquait des timbres poste, puisque la commande expédiée au ministre depuis plus d’un an n’avait pas reçu son effet, et que d’un autre côté il fallait satisfaire aux nécessités du moment (le départ du courrier d’Europe très proche) on a reçu, à la hâte le travail de l’imprimerie et au fur et à mesure du tirage des feuilles, on les débitait au guichet de St-Denis, et on en dirigeait sur les autres bureaux des divers quartier de l’île. C’est lorsque le receveur comptable s’aperçut que parmi les feuilles, il se trouvait quelques figurines à 52 pour 25, que le service prescrivit à l’imprimeur de corriger ses planches. Mais déjà, à St-Denis, on avait vendu au public, comme dans les autres quartiers, ces 52 pour 25 centimes, et tout ce qui était resté a été détruit. Il est donc impossible de déterminer nombre d’erreurs 52 c. qui ont existé. D’après ce que j’avais acheté à St-Denis et dans les autres bureaux, ce qui a été vendu au guichet et la quantité détruite, je l’ai estimé approximativement à 500 figurines environ, représentant, conséquemment, cinq feuilles de cent. Voilà la vérité vraie.

« M. Moens qui est peu au courant parait-il (malgré sa compétence en matière de timbrologie,) de nos tarifs postaux, trouve singulier un affranchissement de 40 centimes sur une lettre circulant à l’intérieur de la colonie. Ainsi, il indique une enveloppe sur laquelle auraient été appliqués un timbre erreur de 52 c, 5 c. et 1 de 10 c, total donc 40 centimes, puisque le 52 c. avait été vendu au guichet pour 25 centimes. Eh bien, l’affranchissement à l’intérieur de la colonie était en 1886 encore de 20 centimes par 15 grammes ou fraction de 15 grammes, et si les enveloppes que vous avez l’obligeance de placer, portaient des timbres pour une valeur de 40 centimes, c’est qu’elles avaient renfermé des papiers d’un poids dépassant 15 grammes ; autrement les expéditeurs n’auraient pas été assez niais pour y apposer 40 centimes pour 20 c.

Je me permets de vous donner ces explications pour que votre religion soit faite sur ce fameux timbre erreur qui a tant tourmenté le cerveau de M. Moens. Mais il reste la preuve officielle à vous fournir. La voici :

ILE DE LA REUNION SERVICE DES POSTES

Je soussigné, receveur comptable des postes, déclare que de la transformation des timbres poste en 1885, quelques figurines sur les feuilles à transformer, ont reçu, par erreur typographique la surcharge : 52 c./R au lieu de 25 c./R. Dès que le service s’est aperçu de cette transposition de chiffres, il a été prescrit à l’imprimeur de corriger les planches, et les antres feuilles ont tirées sans erreurs.

Avant qu’on eut remarqué ces défectuosités, qui ne s’étaient produites, du reste, que sur quelques feuilles, il s’en était vendu un certain nombre an guichet. Tout le reste a été détruit et incinéré.

St-Denis, le 7 novembre 1888. A. Laserve.

Vu. L’inspecteur, chef du service des postes. Premary.

M. Chopy trouve, comme nous, qu’il est inadmissible qu’on puisse commettre 100 fois la même erreur, et pour expliquer son chiffre de 400, qui est 500 aujourd’hui, il nous arrive avec cette raison joliment tirée par les cheveux, que 500 erreurs représentent le nombre de cinq feuilles, oubliant que, s’il n’y avait que 2 ou 3 erreurs à la feuille, comme l’indique sa seconde version, il ne pouvait « y en avoir beaucoup de déchirées au milieu de la feuille, » en supposant même la réunion des 2 ou 3 exemplaires à cet endroit de la feuille. Mais passons.

L’arrêté du 10 décembre 1885 porte que 50,000 timbres seront convertis en 25 centimes. Au dire de M. Chopy, les feuilles ayant 100 timbres, il y avait donc 500 feuilles à convertir.

On nous dit que le receveur comptable s’étant aperçu des erreurs après un tirage de « quelques » feuilles, a fait rectifier les erreurs aussitôt et que, par conséquent, la suite du tirage n’a pas d’erreurs. Soit ! mais que peuvent bien représenter « quelques » feuilles ? le mot « quelques » veut dire « peu, » mettons 20 feuilles. Si ce n’est pas assez, doublons, triplons, quadruplons, quintuplons. Ce « peu » devient ainsi « beaucoup » car, en quintuplant le nombre 20, nous voilà au chiffre de 100, lequel multiplié par les 2 ou 3 erreurs accusées par M. Chopy, nous donne donc le chiffre de 200 ou 300 erreurs ad libitum. Nous reviendrons plus loin sur ce chiffre de 200 ou 300. Voyons d’abord I la dose de crédulité qu’il faut pour croire à l’authenticité de ces timbres :

D’abord la bévue du compositeur qui aurait répété son erreur 100 fois, chiffre réduit aujourd’hui à 2 ou 3, ce qui est encore énorme ;

La distraction de l’ouvrier qui, imprimant les épreuves, n’aurait pas vu des chiffres 52 gros comme le poing ;

La négligence impardonnable du prote qui aurait corrigé les épreuves les yeux fermés ;

La cécité des employés chargés de la vente, délivrant pour 25 c, des timbres marqués 52, sans s’en inquiéter davantage, cécité si complète, que c’est le receveur comptable qui doit s’en apercevoir... dit-on ; (Cette erreur ne saurait être comparée à celle du 15 c, dans la planche du 10 c. de France, où les chiffres sont à peine visibles) ;

Que le public, pas toujours malin, aurait deviné que 52 voulait dire 25 ;

Que les timbres 52, ci devant 25, destinés à l’extérieur, aient été précisément employés par le public pour des lettres doubles (40 c.) pour l’intérieur, combinant cette valeur avec d’autres timbres ;

Que le hasard mette justement dans les mains de M. Chopy ces « quelques » 52 c. employés par le public et portant la date 1886, toujours comme les timbres, déchirés 52 c. qu’il a marqués, avoue-t-il, de cette date, ce qui n’est pas des plus régulier ;

Enfin pour admettre l’authenticité de ces timbres, il faudrait oublier le passage relatif à la destruction des erreurs dont parle la pièce officielle du 7 novembre 1888, conçue dans les termes suivants :

« Il s’en était vendu un certain nombre au guichet. Tout le reste a été détruit et incinéré » .

Mais peut-être est-ce là encore un lapsus plumae, car il serait difficile de s’expliquer qu’un tirage, que nous évaluons au maximum à 300, d’après les données qui nous ont été fournies, et que M. Chopy estime aujourd’hui à 500, après avoir affirmé qu’il n’y en avait QUE 400, puisse permettre d’en vendre « un certain nombre » détruire les déchirés suivant la première version, le reste suivant la seconde, et malgré tout cela, en laisser encore environ 400 exemplaires à ce trop fortuné Chopy, qui n’a pas eu l’idée, et pour cause, de présenter et pour cause, de présenter ses 52 c. accouplés à des 25 c.

Encore quelques mots et nous finissons :

Un de nos correspondants de Paris a bien voulu chercher parmi tous les numéros du Journal officiel de 1886, la preuve de l’incinération dont il est question plus haut : il n’y en a pas la moindre trace. Nous avions toujours cru qu’en pareille circonstance, les autorités dressaient un procès verbal, relatant ce qui avait été incinéré pour leur décharge et la régularité des écritures. Il faut croire que nous nous sommes trompé ou que cela ne se pratique pas ainsi entre amis à la Réunion...

Nous avons mis toutes les pièces du procès sous les yeux de nos lecteurs. A eux de juger si les raisons de M. Chopy ont pu les satisfaire. Quant à nous elles ont eu l’effet contraire qu’on en attendait, et malgré la menace qu’on nous fait, nous maintenons plus que jamais, les conclusions de notre premier article.

Le Timbre-Poste n°320, Août 1889

Les Lapsus de M Choppy

ou

Le timbre 52 c de la Réunion.

(Voir nos 309 et 313.)

Il s’est trouvé un défenseur de la cause cependant bien véreuse du 52 c., de la Réunion. Un rapport a vu le jour à cette occasion : il est absolument favorable à ce timbre. Nous allons donc l’examiner une dernière fois et faire connaître ce que nous avons observé :

Voici d’abord un exemplaire du 52 c, acheté au débotté de M. Choppy en France. Ce timbre a été collé sur fragment de papier blanc et oblitéré St-Denis, 2 juillet 1886 ;

Nous avons ensuite quatre autres exemplaires choisis par un de nos correspondants parmi 39 mêmes timbres, tous oblitérés, nous affirme-t-on, de la date 2 juillet 1886 et collés de la même façon sur petits papiers blancs.

Dans un moment de douce expansion,M. Choppy après nous avoir déclaré qu’il possédait 400 exemplaires exemplaires environ du 52 c., nous faisait écrire par un de ses amis, le 19 juillet 1888 :

« Quant aux 52 c, mon ami Choppy n’en possède que onze sur enveloppes originales ayant servi à la poste (nous les examinons plus loin) : le reste n’est pas en feuille, mais collé sur papier revêtu du timbre de la poste (juillet 1886). On les a fait oblitérer au moment où ils ont été trouvés, afin qu’on ne puisse pas contester leur authenticité. »

et, plus tard, 25 juillet 1888 :

« Comme il y en avait beaucoup (de 52 c), an milieu de la feuille, qui étaient déchirés, force m’a été de découper les bons et de les coller sur papier blanc pour les faire oblitérer à la date de 1886. »

Donc, c’est bien M. Choppy qui a oblitéré ou fait oblitérer les 40 timbres mentionnés plus haut et lorsqu’il déclare qu’ils étaient déchirés, c’est probablement par suite d’un lapsus. Oblitérer les timbres, c’est là une chose toute naturelle. En effet, cette oblitération n’est là que pour enlever tout doute à l’acheteur, précisément comme les fausses étiquettes sur les bouteilles de Champagne frelaté.

Venons aux 52 c, sur enveloppes originales. On y trouve le timbre de départ et d’arrivée, mais les adresses des destinataires manquent ; elles ont été prudemment enlevées pour éviter toute enquête de ce côté. Les enveloppes « originales » que nous avons, sont datées :

St-Denis, 14 avril 1886. St-Leu, 14 avril 1886. St-Denis, 8 mai 1886. St-Leu, 8 mai 1886. St-Denis, 8 mai 1886. St-Leu, 14 mai 1886. St-Denis, 7 juin 1886. St-Denis, 7 juin 1886. St-Denis, 19 juin 1886. St-Denis, 19 juin 1886. St-Denis, 23 juin 1886. St-Denis, 23 juin 1886. St-Denis, 2 juillet 1886. St-Paul, 4 juillet 1886. St-Denis, 4 juillet 1886. St-Paul, 4 juillet 1886. St-Denis, 5 juillet 1886. St-Denis, 5 juillet 1886. St-Denis, 9 juillet 1886. St-Paul, 9 juillet 1886.

M. Choppy avoue avoir oblitéré de la date 2 juillet 86 les timbres collés sur petits papiers, et voilà que nous rencontrons, est-ce l’effet du hasard, un lapsus peut-être, une enveloppe « originale » ayant précisément cette date du 2 juillet ; est-ce encore le hasard de voir deux lettres partant ensemble d’un même point, pour une même destination et y arrivant à six jours d’intervalle (8 et 14 mai) : ou bien encore ces deux lettres partant à différentes dates : 2 et 4 juillet et arrivant à destination le même jour ?

Il faut avouer qu’il y a parfois des hasards ou des lapsus bien malheureux : des fausses dates sur des timbres déjà suspects. C’est un comble !

Revenant sur un premier aveu, M. Choppy nous a appris qu’il n’y avait pas à la feuille 100 variétés du 52 c, mais 2, ou 3, qui se trouvaient intercalées parmi les timbres de 25 centimes. Or, l’examen d’une feuille de ces 25 centimes prouve que la composition typographique a été faite d’une façon irréprochable et qu’il n’y a pas la moindre variété parmi les 90 timbres dont se compose la feuille.

M. Choppy a dit 100 timbres, mais c’est assurément un lapsus fort excusable puisqu’il lui était nécessaire pour l’explication des quatre feuilles de 100 timbres.

Il est utile de constater que tous les timbres de 25 c, ont 12 millimètres pour la première ligne de surcharge, ponctuation comprise et 2 m/m d’espace entre la première et la seconde ligne. Et s’il est vrai qu’il y a deux timbres dont l’un a un c et l’autre un 5 cassés, ces irrégularités n’en sont pas au point de vue du travail, qui est d’une régularité mathématique.

Ayant établi que tous les 90 timbres n’en formaient pour ainsi dire qu’un seul par la surcharge, voyons les 15 timbres de 52 c. qui nous sont passés parles mains. Nous donnons la date d’oblitération à chacun pour qu’on puisse au besoin contrôler nos dires :

1° Trois exemplaires 52 c, ayant la régularité du 25 c. (2 juillet 86).

2° Le 5 chevauche du haut a 1/2 m/m (2 juillet 86).

3° Le 5 chevauche du haut a 1/4 m/m (2 juillet 86 ou 14 avril 86).

4° Le 5 a la partie inférieure qui est interrompue (8 mai 86).

5° Le 5 chevauche du haut a 1/4 m/m mais le 5 a la partie inférieure interrompue (8 mai 86).

6° La première ligne a 12 1/4 m/m ; le 5 chevauche du haut a 1/4 m/m (7 juin 86).

7° Le 5 chevauche du haut a 1 1/4 m/m ; le 2 a 1 m/m et la lettre R distante de 2 1/4 m/m de la première ligue chevauche à droite vers le haut (19 juillet 86).

8° La première ligne a 12 1/2 m/m ; le 5 chevauche du haut a 1 m/m et le 2 a 1/2 m/m ; R a un trait en dessous (23 juin 86).

9° Le 5 chevauche du bas a 1/4 m/m (2 juillet 86).

10° La première ligne a 12 3/4 m/m ; le 5 chevauche du haut a 1/2 m/m et le 2 a 1/4 m/m ; c a l’extrémité inférieure recourbée qui manque (4 juillet 86).

11° La première ligne a 12 3/4 m/m ; le 5 chevauche du bas a 1 1/4 m/m ; le 2 a 1 m/m ; la lettre R chevauche vers le haut à droite : le c est brisé à la partie intérieure recourbée (5 juillet 86).

12° La première ligne a 12 3/4 m/m ; le 5 chevauche du haut a 1/4 m/m ; le c est cassé du bas (9 juillet 86).

Nos remarques portent sur QUINZE timbres et nous avons DOUZE variétés ! Il y a loin des 2 ou 3 déclarées in extremis par ce cher M. Choppy. On constate d’une part la régularité parfaite du 25 c, soi-disant remanié à 3 places et l’irrégularité des 52 non remaniés et où, sur les 12 variétés, nous en comptons 10 avec chiffres ou lettres qui chevauchent ! Pourquoi ? parce que les 25 c, ont été faits au composteur et que les 52 c, apparemment, ont été faits sur la forme du 25 en transposant les chiffres, après le tirage officiel ; d’où les irrégularités inévitables.

Nous signalerons, sans vouloir en tirer profit, que les enveloppes dites « originales », bien originales en effet, ont le même papier bulle de grand format pour les nos 3, 4, 5, 6, 11, et le même papier blanc vergé, avec intérieur de couleur pour les 9, 10,12.

Il nous reste à comparer les dires de M. Choppy avec les attestations officielles.

D’après les rectifications revues et corrigées de M. Choppy et après avoir consulté sa mémoire jusque dans ses moindres replis, il y a eu environ 500 timbres de 52 c. ; d’après les autorités postales dont les déclarations sont là pour appuyer M. Choppy, il n’y aurait eu que quelques feuilles d’imprimées, portant les 2 ou 3 variétés. Le mot « quelques » étant indéterminé et signifiant peu, mettons 10 feuilles, 20 feuilles, pour donner la bonne mesure. La surcharge ayant été imprimée typographiquement, par la presse à pédale, nous dit-on, sait-on combien de temps il a fallu pour imprimer ces 20 feuilles ? UNE minute, une seule minute ! (la presse à pédale donne 14 à 1500 tirages à l’heure, chiffre que nous réduisons même à 1200). Or, M. Choppy et les autorités postales, viennent nous dire :

« Que, pour satisfaire aux nécessités du moment (le départ du courrier pour l’Europe était très proche), on a reçu à la hâte le travail de l’imprimerie et au fur et à mesure du tirage des feuilles, on les débitait au guichet de St-Denis et on en dirigeait sur les autres bureaux des divers quartiers de l’île. C’est lorsque le receveur-comptable s’aperçut que parmi les feuilles il se trouvait quelques figurines à 52 pour 25 que le service prescrivit à l’imprimeur de corriger ses (?) planches. »

et plus loin :

« Avant qu’on eût remarqué ces défectuosités, qui ne s’étaient produites, du reste, que sur quelques feuilles, il s’en était vendu un certain nombre au guichet. Tout le reste a été détruit et incinéré. »

La date la plus ancienne que nous relevons sur les enveloppes dites « originales » est du 14 avril 1886, soit quatre mois après le tirage, ce qui n’indique pas précisément la grande nécessité dont il a été question. Ces onze enveloppes représentant le débit de quatre feuilles de 90 timbres, cela nous fait 360 timbres délivrés en une minute au public, en supposant qu’on n’en ait pas vendu d’autres.

Il faut décidément avoir un fameux toupet que pour chercher à faire avaler cette bourde-là.

M. le Receveur-comptable nous a appris qu’il s’était aperçu des erreurs contenues dans la feuille des 25 c, après un tirage de « quelques » feuilles. Nous avons démontré qu’il ne fallait qu’une seule minute pour imprimer 20 feuilles. Dans ces conditions, est-il possible qu’une seule feuille ait pu sortir de l’imprimerie, et encore moins être détaillée au public ? Les enveloppes « originales » n’ont donc pas plus de valeur que les timbres collés sur petits papiers et oblitérés si consciencieusement par M. Choppy.

Si nous acceptons le chiffre de M. Choppy, environ 500 timbres, cela nous donne 180 feuilles ou le tiers du tirage entier de 50,000 timbres, nous voyons que l’impression de ces 180 feuilles se fait en moins de neuf minutes, temps absolument insuffisant pour la somme de travail que nous venons d’énumérer.

Tout le secret de cette affaire pour nous est celui-ci : M. Choppy a obtenu l’autorisation d’imprimer des 52 c. Il a utilisé la composition du 25 c. après le tirage officiel, en faisant transposer les chiffres, d’où cet aveu dont il n’avait pas saisi l’importance d’abord :

« Les 52 c. pour 25 c. étaient bien en feuilles, mais comme il y en avait beaucoup, au milieu de la feuille, qui étaient déchirés, force m’a été de découper les bons et les coller sur papier blanc pour les faire oblitérer à la date de 1886..... Mais dites-lui bien qu’il n’y en a eu que quatre feuilles de 100 de ces erreurs et que je suis le seul, etc. . . »

Enfin, si les timbres étaient tous oblitérés, c’est parce qu’on aura voulu probablement empêcher l’emploi de cette fantaisie.

En résumé, nous avons démontré qu’il est matériellement impossible que les 25 c, par leur régularité, aient pu contenir parmi eux des 52 c. ; au contraire, les 52 c., par leur irrégularité, prouvent qu’ils ont subi une manipulation ; enfin, après avoir prouvé qu’en fait de timbres oblitérés il n’y a que ceux qui l’ont été par M. Choppy, il ne reste rien, absolument rien des affirmations et rectifications de M. l’Inspecteur général des postes et des contributions indirectes. Quant à la déclaration officielle, elle nous restera comme souvenir des efforts tentés pour sauver un ami dans l’embarras.

Nous proposons le jugement suivant :

Jugement.

Attendu qu’il résulte des contradictions nombreuses et flagrantes du sieur Choppy, notamment celle d’avoir annoncé que les timbres 52 c. étaient imprimés en feuille, pour prétendre ensuite que c’est le contraire qu’il faut croire ; qu’on ne saurait ajouter foi à toutes ces explications embarrassées et invraisemblables ;

Attendu qu’il est suffisamment prouvé que les 25 c, par leur régularité, n’ont pu contenir une erreur et encore moins trois ; que les 52 c, par contre, vu leur irrégularité et les 12 variétés qui ont été rencontrées parmi le nombre restreint de quinze de ces timbres, qui ont été examinés, donnent lieu de croire que ces 52 c. appartiennent bien à la planche du 25 c, remaniée ; qu’il est matériellement impossible qu’il ait pu être distribué et vendu des 52 c. pour les raisons qui ont été données ; que l’attestation officielle est sans valeur puisqu’elle est en contradiction avec les faits établis ; qu’en conséquence, il ne saurait exister de timbres oblitérés, si ce n’est ceux qui l’ont été par complaisance et dans le but d’en faire un commerce illicite ; d’où il résulte que ces 52 c. n’ont été créés que pour la vente aux collectionneurs.

Par ces motifs,

Et en présence de cette circonstance exceptionnelle et inespérée pour le sieur Choppy, qu’un amateur s’est chargé de sa défense en présentant à la société de timbrologie de un rapport favorable à ces soi-disant timbres, lequel rapport aurait été approuvé ;

Qu’il en résulte que certains amateurs ne demandent qu’à être trompés, puisque toutes les différentes pièces ayant été soumises audit rapporteur celui-ci les a retournées sans examen ; qu’on peut supposer que le sieur Choppy avait connaissance de cette faiblesse des collectionneurs ef qu’il aurait eu en vue, tout en réalisant des bénéfices, de leur être agréable ;

Vu ces circonstances atténuantes et les bons antécédents du prévenu, dont on ne saurait assez désapprouver la conduite dans cette circonstance, condamnons purement et simplement le sieur Choppy à la restitution des fonds qui lui ont été versés et qu’il a indûment encaissés, et cela à la première réquisition de toute personne qui lui en fera la demande, contre la restitution des soi-disant timbres.

Le présent jugement pourra être inséré dans tous les journaux philatéliques qui ont à coeur les intérêts de leurs lecteurs.

Le Timbre-Poste n°349, Janvier 1892

Le 52 centimes de la Réunion.

Epilogue)

Cher Monsieur Moens,

Je vous avais promis que dès mon arrivée à St-Denis (Réunion) je m’occuperais du 52 centimes déclaré authentique par la Société française de timbrologie malgré les preuves du contraire que vous aviez fournies. J’ai tenu parole.

Un collectionneur qui avait acheté un de ces timbres ayant porté une plainte au Sous-secrétaire d’Etat des Colonies, une enquête fut faite à St-Denis par Mr Crémasy, chef du Service des Douanes et Postes. Celui-ci me sachant au courant de l’affaire, me pria de lui transmettre les documents que je pourrais avoir. Je lui fis donc parvenir le numéro du Timbre-Poste parlant de ce timbre. A la suite de cette enquête, l’inventeur du 52 centimes, reconnu coupable, s’est vu infliger une retenue de 3 mois sur ses appointements soit 1,950 francs et il n’a dû qu’à ses relations de ne pas être révoqué : le prote de l’imprimerie qui s’était prêté trop complaisamment à des combinaisons peu licites a reçu un blâme, de même que les personnes qui avaient cru pouvoir affirmer l’authenticité d’un timbre faux.

J’aurai à vous entretenir bientôt d’une autre affaire du même genre ; j’attends des nouvelles complémentaires par le prochain courrier.

Votre dévoué,

J. Nalès.

Rédacteur en chef de l’Union des Timbrophiles.

Le coupable fait toujours partie de la Société française de timbrologie. Jusques à quand ?

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