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La fabrication des types "Groupe"

vendredi 16 juillet 2010, par sbuchfr

La fabrication des types "Groupe"

 [1]

La génèse du timbre

Suite à quelques scandales, liés à la prolifération de surcharges locales et surtout à un fructueux trafic de timbres entre colonies ayant des cours de change différents, l’administration métropolitaine décide d’émettre une série de timbres propres à chaque colonie.

Pour gagner du temps, il n’y eut pas de concours comme à l’accoutumé, mais il fut demandé à Mouchon de dessiner et graver une allégorie représentant « La navigation et le Commerce faisant flotter sur les mers les couleurs françaises ».

Il n’est pas connu de maquette du timbre mais il existe une épreuve probablement unique d’un poinçon chiffré à l’échelle 2.

détail de la figurine

Si l’on se réfère aux méthodes de travail usité par Mouchon, il est probable que ce poinçon ait été réalisé dans un morceau de buis puis reproduit sur un bloc d’acier grâce à un pantographe. Et une fois la gravue finalisée on obtient le poinçon suivant qui présentent de nombreuses petites différences avec la figurine à l’echelle 2.

détail du poinçon

Et au mois de novembre 1892, 13 valeurs de 1 centime à 1 franc ainsi que 6 entiers postaux étaient envoyés à 17 de nos colonies (Anjouan, Congo, Côte d’Ivoire, Diego-Suarez, Guadeloupe, Guinée, Guyane, Inde, Indochine, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Obock, Océanie, Réunion, Saint-Pierre et Miquelon, Sénégal). Si pour les timbres mobiles, la situation est la même pour tous (13 valeurs x 17 colonies = 221), concernant les entiers postaux la situation est moins claire. Par exemple, la Guinée ne reçut pas de suite ses enveloppes. Si on se place avant 1895, on peut dire pour résumer que chaque colonie disposait comme entiers postaux, de 2 cartes postales (10 c et 10 c + 10 c), de 2 cartes-lettres (15 c et 25 c) et de 7 enveloppes (5 c format 116 x 76 ; 15 c 116 x 76, 123 x 96, 147 x 112 ; 25 c 116 x 76, 123 x 96, 147 x 112), soit au total, 187 entiers. La collection des « groupe » représentant environ 900 timbres et entiers types.

Du fait de la création de nouvelles colonies ou de changement de dénomination de certaines, la liste de territoires va s’allonger pour atteindre 29. Il y aura de plus ajout de valeurs lors des changements de tarif ou de couleurs.

La plupart des colonies furent dotées dès 1906 de nouvelles séries grands formats, qui réduisirent l’usage des types « groupe ». L’administration métropolitaine s’aperçu qu’il lui restait encore un stock important de timbre à Paris. Au lieu de les détruire, elle préféra par mesure d’économie, les faire surcharger avec les valeurs 05 et 10 facilement utilisable. Ces surcharges eurent lieu entre juillet et novembre 1912. En décembre, les colonies reçurent l’ordre de détruire les stocks restant.

Fabrication

La fabrication des timbres au type « groupe » a eu lieu pendant près de 15 ans, à partir de fin 1892 jusqu’en 1907. Il faut bien être conscient qu’en 15 ans beaucoup de choses peuvent évoluer, nous allons d’ailleurs le voir, les gens, le matériel et les même les méthodes changent.

En 1892, l’atelier qui fabrique les timbres de France et des colonies est situé à Paris, rue Hauteville, dans une ancienne fabrique de papier à lettres et d’enveloppes. Puis en 1895, déménage pour le boulevard Brune, près des fortifications (aujourd’hui disparues), entre la porte de Vanves et celle de Châtillon.

Dans ces nouveaux ateliers, la fabrication des timbres-poste occupe à elle seule un bâtiment d’environ 3 000 mètres carrés. Arthur Maury qui les a visités au début de 1900, les décrits comme vastes, propres et bien rangés. [2]

Le personnel est composé de 190 hommes et de 60 femmes, faisant la journée de 8 heures (ce qui à l’époque, en 1900, semble être un privilège). Le matériel comprend 28 machines à imprimer, 3 grandes machines à gommer, et 60 machines d’usage divers. La majeure partie de ces machines étant mues par la vapeur.

Malheureusement, nous ne disposons à ce jour, d’aucune archive nous permettant de préciser le type de matériel utilisé. Il semble simplement que le matériel depuis l’installation au boulevard Brune, soit principalement d’origine française, mais cela reste à vérifier. Pour pouvoir élaborer un certain nombre d’hypothèses sur la fabrication des timbres-poste au type groupe, je vais me baser sur des témoignages de l’époque et principalement sur celui d’Arthur Maury en 1900, de l’ouvrage sur la fabrication des timbres poste rédigé par le directeur de l’atelier [3] ainsi que sur des pièces au type groupe de différentes périodes.

La fabrication des types « groupe » se fait en plusieurs opérations :

  1. Impression de la teinte de fond.
  2. Impression de la vignette.
  3. Impression du nom de la colonie.
  4. Gommage.
  5. Massicotage de la feuille d’impression de 300, en deux feuilles de vente.
  6. Perforation des feuilles de 150.

Je justifierai au fur et à mesure du développement l’ordre ainsi énoncé. Pour imprimer les timbres, nous devons disposer principalement de plusieurs éléments, la planche d’impression des figurines, la planche de teinte de fond, le papier, et les couleurs. Commençons par parler de ces dernières.

Les couleurs

Les couleurs arrivent à l’atelier toutes broyées de chez le fabricant. C’est à dire que la teinte est prête à être utilisée, l’atelier ne réalise pas lui-même le mélange. Notons bien que cela se passait ainsi en 1900 au boulevard Brune. J’ignore totalement s’il en était de même en 1892, rue de Hauteville.

L’atelier contrôlait les couleurs, et les éclaircissaient si elles étaient trop foncées. Si elles étaient trop claires l’atelier les refusait. Chaque matin, l’ouvrier conducteur utilisait une feuille de la veille pour vérifier la teinte. Malgré cela, elle n’est jamais parfaitement constante car au fur et à mesure du tirage elle devient plus foncée. De plus au cours des nombreuses années de tirage, le dosage et la qualité même des produits ont pu changer, et modifier notablement la couleur. On reconnaît certains tirages par leur couleur caractéristique.

Le papier

Les feuilles de papier utilisées pour le tirage des groupes sont blanches et toutes semblables. Leur format est approximativement de 480 mm de large pour 460 mm de haut, ce qui permet l’impression simultanée de deux feuilles de vente de 150 timbres, mais nous y reviendrons.

Comme pour les couleurs, chaque lot de feuilles est contrôlé. Le papier utilisé pour les timbres est dit « de pur chiffon », et les analyses vérifient qu’il n’y a ni présence de minéraux, ni présence de pâte à bois. D’autres tests permettent de déterminer la résistance à la traction et même celle au froissement. Une fois ces tests effectués, le papier qui est déclaré apte reçoit des perforations de contrôle.

Il y a eu deux types de perforations de contrôle, le premier type composé de deux triangles séparés par un arc de cercle a été utilisé à partir de 1880 et remplacé en novembre 1902 par le deuxième type composé de deux losanges séparés par un arc de cercle.

Premier type de perforation de contrôle 1880-oct. 1902

Deuxième type de perforation de contrôle à partir de nov. 1902

Sur les feuilles de 1893, on trouve 6 perforations du premier type dans les marges de manière à avoir une perforation en face de chaque bloc de 50 timbres. Maury en 1900 décrit aussi les perforations ainsi. En revanche, il existe de nombreuses feuilles de différentes périodes (restant à déterminer) n’ayant que une ou deux perforations. Une première analyse montre que l’outil qui sert à perforer les feuilles est composé d’un seul ensemble triangles (ou losanges) et arc de cercle. En effet, lorsqu’on examine des feuilles entières, les trois perforations, présentes en face des panneaux de 50, sont espacées de manière irrégulière. Par contre chaque perforation est identique, ce qui implique un outil unique. Si l’on examine des feuilles de la même période (1893 en l’occurrence), on s’aperçoit que si sur la même feuille les perforations de contrôle sont identiques, d’une feuille à l’autre elles diffèrent. Il est donc probable, qu’il existait plusieurs outils de perforation fonctionnant en même temps. Cette hypothèse paraît raisonnable, car l’atelier imprimait les timbres des colonies, mais aussi les timbres de France dont les tirages sont autrement conséquents. La consommation journalière devait être impressionnante, bien que je n’ai aucune idée précise des capacités réelles de l’atelier. Il semblerait que le tirage annuel de l’atelier en 1900 était de 3 milliards de timbres dont la moitié était des 15 c, valeur de la lettre simple en 1900. Ce qui nous donnerait un tirage de 10 millions de feuilles (d’impression) par an. Ou encore en comptant pour 300 jours de production avec 28 machines, une estimation de 1 200 feuilles par jour et par machine pour une production horaire d’environ 150 feuilles. Ces valeurs bien que très approximatives doivent nous faire prendre en compte le caractère industriel de l’atelier du timbre, où le temps était compté et les “bricolages” prohibés.

Sachant que seules les feuilles disposant des perforations de contrôle pouvaient entrer dans l’atelier, il devait y avoir plusieurs vérificateurs disposant chacun d’une machine à appliquer les marques de contrôle. L’intérêt de cette perforation de contrôle par rapport au tampon utilisé précédemment par la monnaie, c’est qu’il était possible d’appliquer la marque de contrôle sur un paquet de feuilles en une seule opération. Lorsque la monnaie utilisait le tampon, il fallait le faire feuille à feuille et donc nécessitait un temps plus important. Devant les cadences « infernales » de fabrication des timbres-poste liées à l’augmentation du trafic postal, cette solution a du s’imposer d’elle-même, on profite en 1880 du changement de contrôleur (la monnaie est remplacée par la banque de France) pour améliorer le processus de contrôle.

Une dernière chose concernant ces perforations de contrôle, c’est qu’elles ne sont jamais parfaitement identiques. En effet, du fait de l’épaisseur du paquet de feuilles, l’arrachement du papier n’est pas le même pour la première ou la dernière feuille, ce qui engendre quelques variations de la forme de la perforation. Le même outil peut donc générer des perforations légèrement différentes. Une fois les feuilles vérifiées et perforées, elles sont comptées à plusieurs reprises (Maury parle de onze fois) et enfin livrées à l’atelier de fabrication.

La feuille d’impression

Maintenant nous disposons d’encre et de papier entrons dans l’atelier pour commencer l’impression de nos timbres. C’est à partir de cet instant que commencent les surprises.

Ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est que la couleur de la partie gauche de la feuille est différente de celle de la partie droite. En effet, à gauche nous avons 150 timbres à 20 centimes et à droite 150 timbres à 30 centimes. Elles ont toutes les deux la surcharge 05 de 1912 car je n’ai pas encore réussi à trouver des feuilles entières non-surchargées... Nous sommes sûr de cette disposition car les deux feuilles ont le même jour de tirage (8/11/93) et que sur la partie droite de la feuille du 20 c nous apercevons la teinte de fond du 30 c.

C’est en lisant un article de Arthur Maury dans Le collectionneur de timbres-poste de mars 1900, que j’ai vu pour la première fois une description d’impression en deux couleurs. Etonné, j’ai consulté plusieurs collectionneurs qui possédaient des pièces avec le bord de feuille. Du fait de la faible largeur de l’espace entre les deux teintes de fond, on aperçoit souvent la teinte de la feuille voisine. Dans la plupart des cas, cette teinte est différente, sauf dans le cas du 15 c bleu avec papier quadrillé  ; du moins pour ceux que j’ai examiné. La raison de cette disposition s’explique très bien par le coût des galvanos de service, le relatif faible tirage des colonies et par la nécessité d’imprimer deux feuilles de vente à chaque « coup » de presse, pour immobiliser le moins longtemps possible la machine. La seule difficulté est de maîtriser la répartition des deux couleurs pour éviter tout mélange. Et là visiblement, l’atelier utilisait parfaitement cette technique.

La teinte de fond.

Tous d’abord la feuille reçoit l’impression de la teinte de fond, ce qui est logique car sinon elle couvrirait les figurines. Les deux cotés (feuilles de vente de droite et de gauche) sont imprimés simultanément comme nous pouvons le voir sur la feuille ci-dessous.

Cette feuille a été placée de travers lors de l’impression des teintes de fond, et encore plus lors de l’impression des timbres. Malgré tout, les deux teintes de fond sont parfaitement parallèles entre-elles, mais pas au bord de feuille, ce qui n’aurait pas été le cas si elles avaient été imprimées séparément. D’après l’expert Jean-François Brun, l’impression des teintes de fond est réalisée en typographie. La difficulté de réaliser de grands aplats avec une parfaite densité de couleur est contournée en utilisant des encres spécifiques dont la fluidité permet une parfaite homogénéité. Certains avancent l’utilisation de la lithographie, ce que dénie M. Brun, et je me range à son avis, car l’atelier de fabrication des timbres-poste n’a jamais utilisé ce mode d’impression, et il ne possédait pas le matériel adéquat. Il est d’ailleurs rapporté par A. Maury que c’est une machine typographique qui réalisait cette opération.

En 1893, les teintes de fond avaient comme format 228 millimètres sur 136 millimètres, pour chaque bloc de 50 timbres, sauf pour la teinte de fond centrale dont la hauteur est de 134 millimètres. Chaque teinte de fond est séparée verticalement par un espace de 8 millimètres, et horizontalement, entre les deux feuilles de ventes, par un espace de 7 millimètres. La faible largeur de l’espace entre les deux feuilles de vente fait que l’on rencontre régulièrement des exemplaires bord de feuille avec une partie de la teinte de fond de la feuille mitoyenne. La plupart du temps ces teintes sont différentes.

Dans le cas du 15 c. bleu, la teinte de fond est remplacée par un vernis incolore qui empêchait la reproduction de faux timbres en lithographie. Les dimensions du quadrillage sont légèrement différentes de celles des teintes de fond. Dans ce cas précis, il ne nous a pas encore été donné de voir une teinte mitoyenne différente, ce qui s’explique peut-être par le besoin d’un tirage plus important, nécessitant l’utilisation de la totalité de la feuille d’impression à cette valeur.

Sachant que la dimension du cadre des timbres d’un bloc de 50 est de 207 x 117, il y a en moyenne une marge d’environ 10 millimètres autour des timbres, et plutôt 8 millimètres si l’on considère les perforations. Du fait de l’impression simultanée des deux teintes de fond de couleur différentes, il est théoriquement possible d’avoir des valeurs avec la mauvaise teinte de fond, car il suffit de poser la feuille à l’envers pour que la teinte de fond de droite passe à gauche et vice-versa. Mais ce type de variété, si elle existe doit être extrêmement rare car en reprenant le cas de la feuille ci-dessus, nous obtiendrons avec l’inversion un 2 c. lilas brun sur vert au lieu de paille. Une fois les feuilles massicotées et rassemblées par valeurs, nous avons une feuille de couleur différente dans le tas, ce qui même en le feuilletant est parfaitement visible. Nous pouvons donc estimer que si un tel incident à eu lieu, il est certain que les feuilles ont été rebutées. Il est tout à fait probable que l’impression des teintes de fond se faisait à l’avance. Connaissant les quantités à livrer, les ouvriers constituaient un stock de feuille avec les différentes teintes de fond, puis on imprimait les figurines. Intéressons nous maintenant à l’impression de la figurine elle-même.

La planche d’impression.

Pour pouvoir imprimer, nous avons besoin de planches d’impression. Nous allons examiner leur mode d’obtention. Malgré la durée de fabrication et les modifications des matériels d’impression, il semble que la fabrication n’ait que peu changé au fil du temps.

La planche d’impression est un assemblage rigide de plusieurs éléments, le galvano qui est une planche de cuivre ayant 50 reproductions (clichés) du timbre, les barres inter-galvano, les marques de centrage, les inscriptions de fabrication et les millésimes.

a) Le Galvano

Pour obtenir des galvanos, on utilise tout d’abord un poinçon type en acier fourni par le graveur. Ce poinçon qui ne porte pas de chiffre de valeur, est en principe trempé ce qui ne permet plus de faire la moindre modification.

Le poinçon en acier

et son épreuve

La photo ci-dessus montre l’épreuve du poinçon des timbres au type groupe. Sur cette épreuve, les parties en noir correspondent aux zones qui n’ont pas été gravées, ce sont des parties saillantes, nous sommes en typographie. C’est le cas en particulier de l’emplacement du chiffre de la valeur, qui comme nous l’avons dit n’est pas gravé sur le poinçon. Il faut aussi garder à l’esprit que le poinçon est une image inversée par rapport à l’épreuve. En effet, chaque opération de reproduction “inverse” l’image originale, de la même manière qu’un miroir. D’ailleurs pour pouvoir exécuter le poinçon « à l’envers », souvent le graveur regarde ce qu’il fait dans un miroir, pour remettre l’image « à l’endroit ».

Sur ces images, les parties saillantes sont en noir

Poinçon en acier

En utilisant un balancier monétaire, qui est une sorte de presse de précision, on frappe des petits cubes de plombs autant que l’on désire de valeurs faciales différentes. Ces plombs présentent une image inversée par rapport au poinçon, ce qui était en creux devient saillant et vice versa.

Plomb

Les plombs obtenus sont envoyés à l’atelier de galvanoplastie, pour déposer par électrolyse une couche de cuivre. Lorsque la couche de cuivre est assez épaisse, on sépare le plomb du cuivre. Et on envoie le cuivre, qui porte l’empreinte du poinçon d’origine (et dans le même sens), au graveur pour qu’il ajoute le chiffre de la valeur.

Cuivre avec valeur gravée

Toutes les valeurs possibles ont d’ailleurs été réalisées du 1c au 5Fr mais pas forcément utilisées comme le 3c. Comme le montre l’ensemble ci-dessous.

Le poinçon en acier ainsi que l’ensemble des poinçons en cuivre sont visible au musée de la poste à Paris.

Une fois cette opération effectuée, le cuivre est utilisé pour frapper (au balancier monétaire) 50 plombs qui seront assemblés en deux groupes de 25.

Plombs montés 2 x 5 x 5

De nouveau l’ensemble retourne dans les bains galvanoplastiques pour obtenir cette fois une planche en cuivre avec les 50 timbres d’une valeur répartis en deux blocs de 25. On appelle cette planche de cuivre, le galvano « maître ».

Galvano maître en cuivre

Cette planche ne sera pas utilisée pour l’impression, mais servira pour la reproduction, toujours en galvanoplastie, des planches de cuivre de 50 timbres qui cette fois ci seront utilisées pour l’impression. Pour obtenir, ces planches pour l’impression, on prend des empreintes du galvano maître à la Gutta-percha.  [4]

copie en Gutta-Percha

Ces empreintes sont encore une fois envoyées en galvanoplastie pour obtenir les nouvelles planches. Ces nouvelles planches sont appelées « galvanos de service ».

Galvano de service

Le galvano de service est une copie “parfaite” du galvano maître. Un galvano de service est capable d’imprimer jusqu’à 250 000 feuilles.

b) Les barres inter-galvano.

Ces barres de couleurs sont utilisées pour imprimer sur l’espace entre deux blocs de 50 timbres. En effet, ces espaces sont dentelés et exactement au format du timbre. Laissés vierges, ils pourraient être réutilisés par des faussaires.

c) Les Millésimes

Le millésime est utilisé pour identifier le chiffre des unités de l’année de fabrication. « 3 » comme sur la figure pourrait signifier 1893 ou 1903. Comme il n’y a pas eu de tirage en 1903 pour Saint-Pierre et Miquelon, nous avons affaire au millésime de 1893. Sur feuille entière ou sur le bloc de 50 bas de feuille, il est possible de vérifier cette affirmation en contrôlant les inscriptions de fabrication. Pour insérer le millésime, un trou avait été fait dans l’espace inter-panneau de la deuxième rangée de timbres de chaque bloc de 50. Il y a donc trois millésimes par feuille de vente. Sur certains tirages, le millésime a été omis.

Pour en être sur, il suffit d’avoir un bloc de 4 avec haut de feuille ou encore au moins 3 paires verticales. Si l’on part du principe, que le millésime a pour chaque galvano, un emplacement précis, il devrait être possible d’identifier chaque galvano par la position de son millésime. J’ai commencé à le faire, mais je manque singulièrement de pièces pour que cela soit représentatif. Si d’autres collectionneurs veulent m’aider, ils sont les bienvenus.

d) Les inscriptions de fabrication.

Les rangées de caractères donnent des informations d’identification sur le tirage et se trouvent dans le bas de la feuille d’impression. Il y en a une par feuille de vente de manière à rester sur les deux feuilles obtenues après massicotage. La rangée de caractère est positionnée sous l’un des deux blocs de 25. Il ne semble pas qu’il y ait une position préférentielle sous l’un ou l’autre des deux blocs de 25. Jacques Resnikow, considère en parlant des timbres de France que ces informations se trouvent principalement sous le bloc de gauche, et plus rarement à droite. Pour ma part, je pense que la position des informations dépend de celle des repères de denture comme nous le verrons.

Identification avant fin 1898

Identification après fin 1898.

La signification de ces informations de tirage sont : • Une lettre qui indique le conducteur de presse. Peut-être l’initiale de son nom ou son prénom ? • Un ou deux chiffres qui indiquent le jour de fabrication. • Un zéro de séparation, Jacques Resnikow indique qu’il peut manquer. • Un ou deux chiffres qui indiquent le mois de fabrication. • Un ou deux chiffres séparés des autres qui indiquent à partir de fin 1898, le numéro de presse. À savoir en 1900, l’atelier possédait 28 presses. Dans les deux exemples ci-dessus, les indications se lisent  :

H 8011

  • Conducteur  : H
  • Jour  : 8
  • Mois  : novembre  ; pour l’année il faut se référer au millésime.

E 2006 1

  • Conducteur  : E
  • Jour  : 20
  • Mois  : Juin
  • Presse  : 1

e) Les repérages de dentelure.

Sur chaque feuille d’impression se trouvent 4 repères qui sont utilisés pour pouvoir perforer correctement les feuilles. Les feuilles étaient perforées après avoir été gommées et massicotées, ce qui explique la présence de 4 repères, car il faut au moins deux repères par feuilles de vente pour réaliser la perforation. Donc sur chaque feuille de vente, on doit trouver deux repères  : Une croix et un point de la même couleur que les figurines.

Croix de repère.

Point de repère.

Ces deux repères se trouvent au centre de ce qui correspondrait à une figurine, soit  :

  • Alignés sur la 5ème rangée, et dans ce cas la croix est en haut et le point en bas.
  • Alignés sur la 6ème rangée, et dans ce cas la croix est en bas et le point en haut.

La position des repères n’est pas symétrique sur la feuille, car ils sont alignés sur la même colonne et non pas de part et d’autre de l’espace inter-panneau. De ce fait, l’ouvrier chargé de la perforation devait prendre garde à bien orienter la feuille. Pour l’aider, les deux repères étaient différents. Le point se trouvait du coté où l’on démarrait la perforation, alors que la croix se trouvait du coté où se terminait la perforation. Ce n’avait pas toujours été le cas, car avant 1880, il y avait deux croix et cela devait être une source d’erreurs lors des opérations de dentelure. Donc si, pour une raison qui m’est inconnue, on plaçait la croix dans la marge du bas, il était absolument nécessaire de la placer sous la 6ème rangée, sous peine de décaler la perforation.

Point de repère en haut.

Croix de repère en bas.

C’est à mon avis la position des repères de centrage qui influait sur la position des indications d’impression, car ils ne pouvaient se trouver, du moins je le pense, sous le même bloc de 25. Donc les repères positionnés sous le panneau de gauche impliquaient la position des indications sous le panneau de droite.

Impression du nom des colonies

Après avoir imprimé nos teintes de fond et les figurines, il nous faut imprimer le nom des colonies à qui on destine ces feuilles. Pour cette partie, je n’ai que très peu d’informations et entamé aucune étude sérieuse pour pouvoir me prononcer. Mais néanmoins quelques éléments peuvent être avancés. Les noms des colonies étaient imprimés par feuille de 300, donc avant massicotage. Pour preuve cette splendide pièce proposée lors de la vente à prix net chez le négociant M. Pascal Behr en mai 2001.

Sur la partie droite se trouvent deux exemplaires du 2 centimes du Sénégal légende bleue. Sur la partie Gauche se trouve un fragment de la feuille mitoyenne du fait d’un mauvais centrage du massicotage. Comme nous pouvions nous y attendre la feuille de gauche est un 5c vert. Encore une fois, il y a impression de deux valeurs différentes simultanément. Mais le plus surprenant est que la légende du 5c n’est pas Sénégal, mais Saint-Pierre et Miquelon, que l’on devine sans aucun problème, et qui plus est en rouge. Nous sommes donc certain que l’impression des légendes se faisait sur feuille de 300, car dans le cas contraire l’exemplaire de gauche n’aurait pas comporté de légende. Est-ce que l’impression des deux parties de 150 était simultanée  ? Je ne vois pas de raison de penser le contraire, puisque l’atelier maîtrisait parfaitement l’impression en deux couleurs, et que pour une question de rendement, cela reste la meilleure solution. Cet exemplaire montre aussi, que la dentelure avait lieu après massicotage, ce qui d’ailleurs est parfaitement logique.

La méthode de calage du nom des colonies, n’est pas clairement identifiée, mais il est fort probable que l’utilisation d’une machine à platine double ait permis de ressoudre ce problème.

Ce type de machine est utilisée depuis longtemps pour la fabrication des billets de banque pour lesquels le calage des impressions est crucial.

Cette machine présente au centre une platine de pression et de chaque coté un marbre contenant la forme d’impression. Alternativement chaque marbre est transféré sous la platine qui est abaissé pour imprimer la feuille. La feuille reçoit donc deux impressions successives sans avoir été déplacée ce qui permet un calage parfait.

Il faut quand même noter que les cas avec le nom décentré sont assez rares ou alors de faible importance. Les autres pièces présentant des erreurs comme le nom de la colonie inversé, manquant ou erroné, sont rarissimes.

Le gommage

À l’origine (bien avant les types groupe) le gommage des feuilles était exécuté à la main. Les ouvriers enduisaient le dos des feuilles de gomme arabique et les mettaient à sécher sur des claies superposées dans des casiers montés sur roulettes que l’on mettait dans une partie de l’atelier qui était chauffé par un calorifère. Cette opération était longue et nécessitait un personnel important. Après le rachat de l’atelier de la banque de France par l’administration des postes, le chef d’atelier, Monsieur Gaumel, met en service une première machine à gommer (1er juillet 1880 d’après J. Resnikow [5]). Cette machine permettait à un opérateur de gommer la surface de la feuille d’impression en une seule opération. Par contre le séchage était toujours effectué sur des claies comme précédement.

Sur le plan des performances, Jacques Resnikow nous dit  : « Cette machine à gommer déposait sur les feuilles de 300 une couche de 5,5 grammes de gomme arabique (appelé alors gomme du Sénégal, sa substance originale étant l’exsudat de l’acacia Sénégal). Un système de vis de pression permettait de régler la machine de telle sorte que la couche de gomme était en principe la même pendant toutes les opérations. La machine gommait 1000 feuilles à l’heure  ; trois fois par jour, on pesait 10 feuilles avant et après gommage pour vérifier la régularité des dépôts et éventuellement régler le pas de vis. »

Certainement vers 1895, le chef des ateliers Monsieur Gaumel eût l’idée de fabriquer une machine qui réaliserait les opérations de gommage et de séchage en utilisant un minimum de temps et de personnel. En effet, la machine ne nécessite qu’un ouvrier margeur qui introduit les feuilles à gommer dans la machine, et de deux apprentis qui à la fin reçoivent les feuilles gommées, sèches et massicotées. Maury fournit une description relativement précise de cette machine qu’il a vu début 1900 lors de sa visite aux ateliers. Regardons la description qu’il nous en fait.

La machine à gommer vue du coté de l’introduction des feuilles

« Au départ se trouve l’appareil gommeur, composé de rouleaux qui enduisent un des côtés de la feuille, laquelle passe à deux reprises pour que la gomme soit étendue plus régulièrement. Les feuilles, dès qu’elles sont présentées par l’ouvrier margeur, sont saisies par des pinces montées sur des courroies en toile, lesquelles les entraînent, d’abord sous les rouleaux gommeurs, puis leur font gravir un plan incliné pour que la gomme commence à prendre consistance, les courroies tournent autour des roues montées sur un bâti en fer, font cheminer ensuite les feuilles verticalement, elles descendent, puis remontent alternativement à la queue leu-leu jusqu’à la fin du bâti. Dans leur course qui est d’une longueur totale de 230 mètres et qui dure 11 minutes, elles sont séchées par une série de ventilateur placées de haut en bas des bâtis et dont les ailettes, que l’on voit sur notre gravure, tournent très vivement. Chaque machine a environ 120 ailettes. Dans la saison humide, des caissons en tôle, plats, chauffés au gaz, sont placés verticalement entre les montants du bâti, ils aident les ailettes à produire le séchage des feuilles. On voit, régnant au-dessus des appareils, une légère toiture en verre destinée à retenir en grande partie le calorique tout en n’arrêtant pas l’évaporation. Les feuilles, dès la première descente verticale, sont maintenues, en outre des pinces, par des petits picots métalliques montés sur les courroies des côtés, et qui font à la feuille ces trous espacés de deux centimètres que l’on voit sur la marge verticale, tantôt de droite, tantôt de gauche. Arrivées à la fin de leur évolution les feuilles de 300 timbres sont coupées par une cisaille circulaire ou roue tranchante et tombent en deux demi-feuilles de 150 timbres chacune, entre les mains des deux apprentis, qui n’ont qu’à les guider pour qu’elles forment des piles régulières. »

La machine à gommer vue du coté de la sortie des feuilles

Donc, comme nous l’avons vu précédemment, l’atelier du boulevard Brune dispose début 1900 de 3 machines à gommer. Ce qui reste incertain, c’est la date de mise en service de cette machine. Pour tenter de cerner sa date de mise en service, il faudrait examiner les marges verticales des feuilles de type groupe ou Sage de France, pour y trouver des petits trous. Ces trous étant fait par les courroies qui tiennent les feuilles lors du séchage. La date d’impression se trouvant sur la marge du bas nous donnant une idée de celle de la mise en service de la machine « Gaumel ». Nous verrons que la présence ou non de ces trous peu nous permettre d’échafauder certaines hypothèses en ce qui concerne l’impression des surcharges de 1912.

Le massicotage

Avant la mise en service de la machine « Gaumel », une fois sèche, les feuilles étaient rassemblées en paquet de 200 et remises à l’ouvrier coupeur qui les séparait en deux feuilles de vente de 150 en massicotant verticalement le paquet en son milieu. Il existe un point de couleur dans les marges pour séparer les feuilles de 150 et servir de repères pour le massicotage. Toutefois, le pont entre les deux feuilles avait la taille d’un timbre soit environ 2 cm, et il suffisait qu’une feuille soit mal positionnée ou que l’impression ait été décalée pour que la coupe entame la teinte de fond voir même dans le cas de la pièce précédente soit au milieu du timbre de la planche voisine. Si les premiers sont assez courant le second est à ma connaissance unique. Maintenant que les feuilles sont coupées en deux, il ne nous reste plus qu’à opérer la dernière phase de la fabrication.

Avec la machine « Gaumel », nous l’avons vu précédement c’est directement à la sortie du sèchage que les feuilles sont séparées en deux feuilles de vente.

La perforation

Arthur Maury lors de sa visite en 1900, nous décrit le fonctionnement de la machine qui réalise la perforation des feuilles.

Vue de l’atelier des perforatrices

« Les découpoirs sont des outils puissants et de précision, mus par la vapeur… Les premières de ces machines qu’employait M. Hulot en 1862 étaient de fabrication anglaise, celles qui fonctionnent aujourd’hui à l’usine du boulevard Brune sont françaises et d’ailleurs en tout point semblable aux premières. La gravure ci-jointe montre comment opèrent les jeunes gens chargés du travail des découpoirs.

Les feuilles de timbres, six au plus, sont placées l’une sur l’autre, dans un châssis en fer à double charnière et à pinces haut et bas, elles sont piquées sur deux aiguilles  ; deux croix imprimées sur les feuilles, en même temps que les timbres, l’une sur la marge du haut, l’autre sur la marge du bas, servent de points de repère. Lorsque l’opération est terminée, on voit au milieu de ces croix le trou fait par l’aiguille du cadre. Il est muni d’une poignée à l’aide de laquelle l’ouvrier, après l’avoir engagé sur deux rails, le pousse jusque sous le découpoir où il s’arrête, le choc, fer contre fer, produit un bruit retentissant, le découpoir s’abaisse, perforant une rangée de timbres, il se relève à peine et recommence 18 fois tandis que le mécanisme fait avancer régulièrement le cadre. Lorsque celui-ci est au bout de la course, il est renvoyé brusquement vers l’ouvrier qui le saisit et le remplace par un autre garni de feuilles. Le perforage des timbres est relativement long et onéreux, c’est l’opération la plus difficultueuse dans la fabrication des timbres : en effet, la feuille de timbres a été mouillée par le gommage, puis séchée en même temps que la couche de gomme arabique, ses dimensions ont donc varié, de plus elle est devenue sensible à l’humidité : selon le plus ou moins de sécheresse de l’atmosphère, elle s’allonge on se raccourcit, la nature du papier et surtout de la gomme, l’épaisseur de la couche de celle-ci accentuent encore ce phénomène, aussi le découpoir d’acier ne peut-il être unique sous peine de donner des marges irrégulières et même d’entamer parfois les timbres, ce qui, malheureusement pour les collectionneurs arrive encore trop souvent, un peu dans tous les pays. Il faut donc une série de découpoirs variant légèrement de longueur et parmi lesquels, on choisit pour chaque tournée de timbres. De là le désespoir des amateurs de minuties qui voulant mesurer sévèrement le piquage des timbres ne le trouvent pas toujours en concordance mathématique avec leur odontomètre. Si on collectionnait les timbres par rangées de dix, on pourrait, du fait que nous venons d’indiquer, relever au moins six variétés de piquages sur les timbres actuels.

Contrepartie en acier où pénètrent les aiguilles du découpoir.

Sous chaque machine à perforer, une boite reçoit les petites rondelles gommées enlevées par le découpoir ; j’en avais ramassé une poignée afin d’examiner de plus près ce déchet des timbres-poste et je me suis empressé de le remettre à sa place sur l’observation qui m’a été faite que ces confettis minuscules doivent être scrupuleusement versés au Domaine. Que peut-il en faire ?… ». Maury nous fournit ici quelques précieuses informations : Les feuilles (de 150) sont piquées sur deux aiguilles à l’emplacement des deux croix (en vérité une croix et un point) imprimés en même temps que les timbres. Nous avons effectivement noté ces repères lorsque nous avons parlé de la constitution de la planche d’impression. Et en plus le cadre dispose de pinces en haut et en bas, ce qui à mon avis explique pourquoi on trouve des petits trous dans la marge en haut et en bas des feuilles.

Stéphane Buchheit Col. Fra n° 586

Notes

[1] Article publié dans le bulletin n°97 de Colfra au 1er trimestre 2001, repris, corrigé et complété.

[2] A. Maury, Le collectionneur de Timbres-Poste, n° 233 et 234, mars-avril 1900.

[3] La fabrication des timbres poste français par R. Pouget, directeur de l’atelier des timbres-poste, 1947

[4] La gutta-percha est une substance proche du caoutchouc, extraite du latex du Palaquim Gutta, arbre d’Asie tropicale.

[5] Jacques Resnikow, La philatélie française, n° 381 à 387, 1986.

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